René Girard explore la condition humaine de la création à l’apocalypse
Par CYNTHIA HAVEN (english text)
C’est l’un des plus remarquables, sinon le plus connu, des superstars sur le campus de Stanford: Le choc des cheveux blancs, on ne pourra pas confondre son regard profond et troublant sous de noirs sourcils. René Girard est l’un des 40 membres, ou immortels, de l’Académie Française, le plus grand honneur qu’on puisse faire en France à un intellectuel. Il a enseigné 30 ans dans cette université, mais ce professeur émérite admet que peu de gens comprennent vraiment ce qu’il fait.
Girard, 85 ans, a produit livres après livres. Son dernier, Achever Clausewitz, a provoqué les foudres du monde intellectuel à sa Parution en 2007 à Paris — le genre de conflagration que seul un public intellectuel en France peut déclencher. Le Président Nicolas Sarkozy le citait, les reporters faisaient des pèlerinages devant la porte de son appartement à Paris, jour après jour. Le genre de remous qui ne risquait pas d’arriver à la sortie de la version anglaise, Battling to the End: Politics, War, and Apocalypse, publiée par la Michigan State University à l’automne 2008 — mais pas parce que Girard évite la controverse; il semble se révéler en elle. Même en Amérique il en a eu sa part.
Girard travaille dans le champs de la littérature, de l’anthropologie, de la théologie, de la philosophie, de la sociologie et de la psychologie. Sa source d’inspiration, c’est la théorie mimétique, qui met en évidence le rôle de l’imitation dans notre vie, dans ses effets, dans notre comportement et dans nos motivations. Les enfants apprennent à parler en imitant; nous apprenons les langues étrangères par imitation. Mais la mimesis n’est pas seulement la façon dont nous apprenons — c’est aussi notre acharnement à “tenir la dragée haute aux Duponds” (“keep up with the Joneses”), la façon dont nous rivalisons. Nous sommes en compétition; nous voulons ce que notre frère a. La théorie de Girard — long développement d’une pensée sur plusieurs décennies – suggère que la mimesis est la base de tous les conflits humains, et que la résolution des conflits par les phénomènes de bouc émissaire est la source des religions archaïques et des civilisations. Mais les vieilles recettes ne marchent plus, dit-il. Le monde va droit à l’impasse.
Si l’idée de mimesis n’est pas étrangère aux sciences humaines d’aujourd’hui, personne n’a jamais songé à en faire un point de départ pour une théorie du comportement humain et du destin de l’humanité, comme le fit Girard aux début des années 1950. Son interdisciplinarité solitaire pose des problèmes au monde académique, dont les habitants se méfient du braconnage.
“Je suis un spécialiste de la théorie mimétique, mais c’est ma création, vous voyez?” dit Girard. “Dans l’univers académique, vous n’êtes pas censé avoir votre propre théorie. Personne n’est censé faire de la théorie en littérature ou en sociologie, comme je le fais. La théorie mimétique – il vous diront surement que c’est une belle astuce théorique.”
Ça n’a pas diminué les louanges, et le professeur Michel Serres, un autre immortel (parmi la poignée qui vit en dehors de France, deux sont à Stanford), a comparé Girard au “nouveau Darwin des sciences humaines.” Robert Harrison, chaire de français et d’italiens, l’a appelé “toute proportion gardée, un géant de la pensée du 20ème siècle” et “le Heinrich Schliemann de l’anthropologie contemporaine.” Sur l’ascension de Girard à l’Académie, le professeur de biologie Sharon Long, alors doyen des humanités et des sciences, a dit qu’il était “une légende vivante et l’un des grands philosophes de sa génération.”
Cependant sa théorie mimétique trouve des applications dans des situations aussi brulantes que les récents sursauts des marchés financiers et le crach boursier. Dans l’article de Newsweek d’octobre dernier, l’ancien professeur de droit Lawrence Lessig décrivait le “comportement grégaire” comme le chaînon manquant des modèles d’analyse financière.
“C’est toujours un comportement imitatif” Dit Girard. “Vous avez des signes qui rendent les gens pessimistes à propos des marchés qui ne rendraient pas nécessairement d’autres gens pessimistes.” Alors survient la formation d’une foule. “Chaque fois que vous ajourtez un, le mouvement vers l’unité s’accélère, il a plus de pouvoir d’attraction.” Si souvent les médias modernes deviennent les “véhicules” de la foule, le monde moderne est constament menacé par des manifestations de cette foule.”
Girard est né le jour de Noël en 1923, à Avignon. C’est une cité aux connotations romantiques, comme le suggère la chanson traditionnelle sur le plus vieux pont français. Girard fait une objection. “Quand on est d’Avignon, ce n’est pas si romantique”, dit-il. “C’est à moins de 75 kilomètres de la mer, mais ce n’est pas la Riviera. C’est une petite ville de province.” Son père était conservateur du Palais des Papes. La plus grande forteresse médiévale en France, résidence pontificale pendant le shisme de l’Eglise.
“Personne n’aime faire la même chose que son père”, dit Girard, et cependant il se diplôme à l’École des Chartes avec une dissertation sur le mariage et la vie privée au XVème siècle à Avignon.
Un visa étudiant lui donne accès aux Etats Unis, où il fait son doctorat à Indiana University. On lui refusa un poste à cause d’une raison vieille comme ce pays selon laquelle il n’avait rien publié, ce qui ne manque pas d’ironie pour ce penseur dont les livres sont aujourd’hui traduits dans 25 langues.
Il migre alors à Duke — “Ils ne se rendaient pas compte que je suis une “mauvaise machine” quand ils m’ont pris”, dit-il – alors à Bryn Mawr et Johns Hopkins. Durant ces années, 1955 à 1959, il écrivit son premier livre phare, Mensonge romantique et Vérité romanesque. (Quelques-uns de ses essais non recensés ont été publiés l’an dernier par la Stanford University Press comme Mimesis and Theory: Essays on Literature and Criticism, 1953-2005.)
Comme Girard réfléchissait sur les oeuvres de Balzac, Proust, Stendahl, Cervantes et Shakespeare, il commença à remarquer un thème commun: le désir selon l’autre. Par exemple, Don Quixote tombe tellement amoureux de ses livres de chevalerie qu’il imite les buts et l’idéal de ses héros. Comme souvent en littérature, l’amitié se transforme en rivalité. Deux hommes qui s’aiment beaucoup veulent ce que l’autre veut, y compris la même femme. Ils deviennent alors des ennemis mortels.
Girard était déjà un intellectuel qui résistait aux modes. Il a abordé le sujet aussi systématiquement que possible, avec la rigueur d’un scientifique faisant découler sa théorie des faits. Mais il travaillait dans le domaine littéraire, qui a horreur de la systématisation.
“Je pense que la survie des humanités elles-mêmes sont en jeu aujourd’hui à cause de leur persistence à ne pas vouloir s’occuper de science et de religion”, déclare-t-il dans une interview avec l’auteur Millicent Dillon en 1981. “C’est pourquoi je pense que les humanités sont en train de pourrir sur pied. Biensûr, si je disais des choses comme ça, cela terrifierait beaucoup de gens parce que cela remet en cause les catégories. Je pense que nous vivons dans un monde prudent, mais j’aime prendre des risques.”
Cela comprend risquer d’être critiqué. “les théorie sont périssables”, dit Girard. “Elles doivent être critiquées. Quand les gens me disent que mon travail est trop systématique, je dis que je le fais le plus systématique possible pour qu’ils puissent prouver que c’est faux”
Il défie aussi le taboo critique qui consiste à relier le travail des écrivains à leur vie: “Dans ce pays c’est une vérité qui ne peut pas être contestée que la vie d’un écrivain n’a rien à voir avec son oeuvre. “Mais c’est un pur non-sens” dit-il à Dillon, en ajoutant qu’au final les écrivains ne parlent que d’eux-mêmes.
Le jeune français commença par faire une grosse impression très tôt. “Du moment où il arrive à Johns Hopkins à la fin des années 50, René imposait le respect et même la crainte de ses étudiants diplomés et des nouveaux entrants”, écrit par mail l’historienne Marilyn Yalom, professeur au Clayman Institute for Gender Research. (Girard dirigeait ses dissertations sur Camus et Kafka) “Avec sa tête léonine, on se sentait en présence d’un homme qui ressemblait plus à un prophète qu’à un professeur. Ses cours nous inspiraient, et les rencontres en tête-à-tête nous encourageaient.”
Publié en 1961, Mensonge romantique et Vérité romanesque était important pour Girard, pas seulement à cause de la théorie mimétique, mais aussi pour le puissant effet de révélation qu’il provoca chez son auteur. Girard en parle avec James Williams dans une interview publié dans The Girard Reader. “J’ai commencé à travailler sur ce livre sur le ton de la démystification: cynique, destructeur, dans l’esprit athée des intellectuels de mon temps. Je cherchais à déménager, et bien sûr voyant clairement que la mimesis est un instrument très puissant pour tout bousculer car elle nous prive, nous les modernes, de la seule chose qui nous reste, le désir individuel.”
Il décrit ainsi l’accomplissement de son projet: “Le premier jet de l’auteur est une auto-justification.” Il peut soit se concentrer sur le héros méchant, le bouc émissaire du héros, qui sera démasqué à la fin du roman; ou il y aura un bon héros, l’alter-égo de l’auteur, qui sera vengé à la fin du roman. Si l’écrivain est un bon, il verra que tout ça mérite la poubelle avant même d’avoir fini son brouillon, il verra que son travail n’est que de la combine. L’expérience, dit Girard, vont faire exploser la vanité et la fierté de l’écrivain. “Et cet effondrement existentiel est l’événement qui rend possible les grandes oeuvres d’art.” Le travail n’est plus désormais une auto-justification, et les personnages sont plus que des bons ou des méchants.
“La secousse que produit ce premier livre est probablement la raison pour laquelle mon concept de mimesis passe pour destructeur”, ajoute René Girard. “Et pourtant j’aime penser que si vous poussez la notion aussi loin que possible, vous passez à travers le plafond, pour ainsi dire, et vous découvrez ce que signifie le péché originel.” L’expérience, “si elle est suffisamment radicale, est très semblable à l’expérience de conversion.”
En effet, cet éveil orienta Girard vers une lecture orthodoxe de la Bible comme révélation – la révélation de la nature mimétique du désir mimétique et ce à quoi il pourrait conduire, qui devint le sujet de ses livres suivants. Ce fut sa “conversion intellectuelle”, qu’il décrit comme “comfortable” sans exigence ni engagement. Mais la rencontre du cancer en 1959 changea tout. “Alors cette conversion se changea en quelque chose de sérieux par laquelle l’esthétique donnait sur le religieux.” Il fit baptiser ses enfants, lui et sa femme, Martha, et se firent marier par un prêtre.
De plus, Girard commença à voir la rivalité mimétique comme cause de la violence. Deux hommes, deux cités, deux groupes sont inévitablement précipités vers le conflit pour obtenir un objet de désir commun. La seule voie vers la résolution du conflit est de blamer un marginal – un étranger, un paralytique, un roi, une femme. La foule s’unit contre le bouc émissaire; La victime est sacrifiée; l’harmonie est restaurée. Pour couvrir le fait terrible, une mythologie déculpabilisante se développe. Dans les sociétés archaïques, le bouc émissaire peut même être divinisé. De là, Oedipus est accusé de porter la peste à Thèbes, il est persécuté et enfin, glorifié à Colonne.
Girard a fait la traversée de la littérature à l’anthropologie, en considérant non seulement le point de vue de la critique littéraire, mais en s’appuyant aussi sur les travaux de Freud et de la plupart des anthropologistes. Il posait un défi au cloisonnement de ces disciplines. “Les gens pensent que ma théorie est exotique, moi je pense qu’elle existe à part entière. Elle correspond à la réalité, si vous regardez bien. Si vous lisez les textes littéraires et les textes anthropologiques, le schéma freudien de Totem et tabou réapparaît dans un contexte éminemment mimétique” dit-il en 1981.
“Pourquoi serions-nous prudent avec les idées, quand c’est sans risque? Je pense qu’on devrait pousser une idée le plus loin possible jusqu’à s’en débarrasser. Quand j’ai vu la possibilité de relier le désir mimétique et l’anthropologie, je me suis dit: pourquoi pas?”
Il commença à voir la Bible comme un “anti-mythe” — une description de l’humanité et du long processus par lequel le genre humains s’est délivré de la barbarie. Violence, coup-pour-coup, et dieu vengeur évoluent au travers des siècles en des propositions de pardon, de repentance et de révélation de l’innocence des victimes sacrifiés, avec la Crucifixion pour point culminant.
“Les gens sont contre mes théories, parce qu’elles sont avant-gardiste et chrétiennes à la fois”, dit-il. “L’avant-garde est anti-chrétienne et beaucoup de chrétiens sont contre l’avant-garde. Même les chrétiens se sont méfié de moi.”
Pendant une réunion l’année dernière, Girard a rappelé l’histoire de Joseph, fils de Jacob, dans l’Ancien Testament, voué à être vendu aux egyptiens par ses frères (mobilisés comme une foule). Au début, “ils se sont mobilisés et on tenté de le tuer. La Bible sait que le mécanisme du bouc émissaire est une affaire de foule”. Joseph finit par s’établir lui-même comme un des leaders de l’Egypte et pardonne à ses frères en pleurant dans un mouvement dramatique de réconciliation. C’est, dit Girard, une histoire “bien plus mure, spirituellement, que le début de la Génèse”. De plus, l’histoire est sans précédent dans la littérature ancienne.”
“Comme beaucoup d’histoires bibliques, c’est une histoire contre le mythe”, dit-il, “parce que dans le mythe, les lyncheurs sont toujours satisfaits de leur lynchage.”
Girard suggère que le groupe pourrait ne pas avoir remarquer cela avant. Après tout, ils ont été entraînés à penser que la Bible était un livre rétro, précédé et suivi de textes supérieurs, et qu’elle avait peu de nouveauté à offrir au monde. L’audience était confondue: “mais . . . mais . . . mais.” Girard s’enfonça lègèrement sur son siège et se mis à observer en souriant.
Le prophète provocateur à assumé des thèses plus sombres récemment. Achever Clausewitz prend pour point de départ l’historien militaire et théoricien prussien Carl von Clausewitz (1780-1831), mais lance un débat sur le monde actuel et l’auto-destruction programmée de l’humanité.
Au cour d’une lecture ensorcelante, l’an dernier, Girard fit remarquer que nous avons atteint un point de l’histoire où nous ne pouvons plus nous en prendre à des boucs émissaires. Le mécanisme du bouc émissaire est trop bien connu, le meurtre rituel ne peut plus sauver la société. La guerre ne marche plus pour régler les conflits – en effet, la guerre n’a plus de commencement clair, de fin définie et de but à atteindre. De plus, avec le surarmement, la guerre pourrait tous nous détruire.
Les armes de guerre sont de moins en moins différentes des forces de la nature, faisant écho aux textes apacalyptiques du nouveau testament. “Avant l’invention des armes apocalyptiques on ne pouvait pas voir à quel point ces textes sont réalistes” dit Girard. “Mais aujourd’hui nous sommes dans une situation où nous pouvons bien le voir, et cela devrait nous impressionner profondément.”
L’homme crée “de plus en plus de violence dans un monde qui n’a pratiquement plus de Dieu, si nous regardons la manière dont les nations se comportent entre elles et la façon dont les gens agissent les uns envers les autres”, dit-il. “L’histoire, diriez-vous, est un test pour le genre humain. Mais nous savons très bien que le genre humain est en train de le rater. Dans un sens, les Evangiles et les écritures prédisent cet échec en ce terminant par des images eschatologiques, qui parlent de la fin du monde, ni plus ni moins.”
Sa conclusion: “Nous devons faire face à nos voisins et leur déclarer une paix inconditionnelle. Même si nous sommes provoqués, défiés, nous devons abandonner la violence une fois pour toutes.”
Peu importe si René Girard est ou non le prophète éclairant le destin du monde, son approche multidisciplinaire est visionnaire. Aujourd’hui, une fondation internationale et interdisciplinaire appelée Imitatio promeut les études sur ses théories. Elle est dirigée par Hamerton-Kelly, Ancien doyen du Memorial Church et chercheur au Stanford’s Center for International Security and Arms Control. Le colloque sur la Violence et la Religion, une association internationale d’universitaire, étudie aussi les théories mimétique et publie un journal annuel, Contagion: Journal of Violence, Mimesis, and Culture.
Dans sa vie, Girard est devenu une institution, comme Hamerton-Kelly l’a reconnu lors d’une conférence de Stanford l’année dernière en lançant le programme de recherche Imitatio. Après les hommages usuels, il s’est retourné vers son invité pour s’excuser. “Pardonnez-moi de parler de vous comme si vous étiez une institution alors que vous êtes encore en vie”.
“Pas pour longtemps”, fut la gentille réponse de Girard, et pour le moment, il semblait près à répondre à la prochaine controverse dans une époque pour le moins angoissante.
De René Girard, sur Achever Clausewitz.
Si nous avions dit dans les années 1980 que l’islamisme jouerait un tel role aujourd’hui, les gens auraient pensé que nous sommes fous. Cependant l’idéologie promue par Staline contenait déjà des éléments para-religieux qui préfiguraient la contagion gallopante que nous connaissons. L’Europe était moins malléables au temps de Napoleon. Après le communisme, sa vulnerabilité a régressée vers celle d’un village médiéval menacé par les Vikings. La conquête Arabe fut un choc, tandis que la Revolution était ralentie par les nationalismes qu’elle provoqua dans toute l’Europe. Dans son premier déploiement historique l’Islam a conquis par la religion. C’était sa force et cela explique la solidité de ses racines. L’élan révolutionnaire accéléré par l’ère de Napoléon fut contré par l’équilibre des nations. Cependant, les nations se sont enflammées à leur tour, et ont détruit l’unique moyen d’empêcher l’avènement des révolutions.
Nous devons donc changer radicalement notre façon de voir les choses, et essayer de comprendre la situation sans présuppositions en utilisant les ressources disponibles à propos de l’Islam. Le travail à faire est immense. Personnellement j’ai le sentiment que cette religion a utilisé la Bible comme un support pour reconstruire une religion archaïque qui serait plus puissante que les autres. Cela menace de devenir un outil apocalyptique, la nouvelle face d’une tendance vers les extrêmes. Même s’il n’y a plus de religions archaïques, tout ce passe comme si une nouvelle avait surgie sur le dos de la Bible, une Bible légérement modifiée. Ce serait une religion archaïque renforcée par les révélations de la Bible et du Christinisme. La religion archaïque s’est effondrée en face de la révélation judéo-chrétienne, mais l’Islam resiste. Alors que la chrétienneté à éliminé le sacrifice partout où il s’est implanté, l’Islam semble sous bien des rapports se situer avant cette élimination.
Biensûr, il y a dans cette attitude du ressentiment envers le judéo-christianisme et l’occident, mais aussi une nouvelle religion. C’est indéniable. Les historiens des religions, et même les anthropologistes, doivent encore montrer comment cela a émergé. En effet, certains aspects de cette religion ont un rapport avec la violence que nous ne comprenons pas et c’est une raison suffisante pour s’inquiéter. Pour nous, ça n’a aucun sens d’être prêt à payer de sa vie pour le plaisir de voir les autres mourir. Nous ne savons pas si pareil phénomème appartient à la psychology ou pas. Nous sommes face à un échec total; nous ne pouvons pas en parler et nous ne pouvons pas documenter une telle situation parce que le terrorisme est quelque chose de nouveau empruntant les codes islamiques, mais n’appartient pas du tout au classicisme musulman. Aujourd’hui, le terrorisme est nouveau, même du point de vue de l’islam. C’est un effort moderne de contrer le plus puissant et le plus raffiné des outils du monde occidental: la technologie. Contrer la technologie d’une façon que nous ne comprenons pas et que le classicisme musulman ne comprend pas davantage.
Ainsi, il n’est pas suffisant de simplement condamner les attaques. La pensée défensive que nous opposons au phénomène n’incarne pas forcément un désir de comprendre. Elle révèle souvent un désir de ne pas comprendre, ou l’intention de se conforter soi-même. Clausewitz est plus facile à intégrer dans le développement historique. Il nous donne des outils intellectuels pour comprendre l’escalade de la violence. Cependant, où trouvons nous de telles idées dans l’islam? Le ressentiment moderne ne conduit pas toujours au suicide. Ainsi, nous manquons des moyens de comparer qui pourraient nous permettre de comprendre. Je ne suis pas en train de dire que ce n’est pas possible, que cela n’arrivera pas, mais je reconnais que je suis incapable de les saisir. C’est pourquoi nos explications sur l’islam appartiennent souvent à ce type frauduleux de propagande anti-musulmane.