René Girard

mimetic theory and scapegoating

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Between pride and desire – Entre fierté et désir

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Mensonge romantique et Vérité Romanesque (chapitre XI): L’absence de désir devient un privilège. Comme l’était celui du Saint ou du Sage. Mais celui qui désire recule de terreur devant l’idée de renoncer à son désir. Il cherche des stratagèmes. Il veut se créer une personnalité qui a triomphé de l’anarchie des instincts et des passions métaphysiques. Le héros somnambule des écrivains américains pourrait être une solution à ce problème. Chez ces héros, l’absence de désir n’a rien à voir avec la victoire du mental sur les tentations diaboliques, ni avec l’auto-discipline exigée par les grandes religions ou la vertu humaniste. Cela fait plutôt penser à un engourdissement des sens.

LORENA_OROZCO

Between pride and desire - Entre la fierté et le désir

A une perte totale ou partielle de curiosité vitale. Dans le cas de Meursault (l’Étranger de Camus) cet état privilégié fait complètement partie de la pure essence individuelle. Dans le cas de Roquentin (La nausée de Sartre) c’est un état de grâce soudain qui, sans raison apparente, s’empare du héros par la nausée. Dans beaucoup d’autres œuvres, la structure métaphysique est moins apparente; elle doit être dégagée de la fiction qui l’exprime tout en la cachant. L’alcool, les drogues, l’extrême douleur physique, les abus érotiques peuvent endommager ou tuer le désir. A la fin le héros atteint un état de stupéfaction lucide qui est l’étape romantique finale. Bien entendu cette absence de désir n’a rien à voir avec l’abstinence ou la sobriété. Mais le héros déclare que dans cette indifférence il accomplit par caprice et presque sans s’en apercevoir ce que d’autres font poussés par le désir.

Edition de Minuit Bernard Palissy

L'histoire d'amour d'un héros somnambule - The love story of a somnambulic hero

Le héros somnambulique vit dans la mauvaise foi. Il essaie de résoudre le conflit entre la fierté et le désir sans le formuler clairement. Il faut peut-être une fierté plus radicale pour poser le problème franchement. A l’époque où il écrivait La soirée avec Monsieur Teste, Paul Valéry était un homme qui avait cette sorte de fierté. Le Valérisme fait contraster le vaniteux qui désire en imitant les Autres avec l’homme fier qui ne désire plus rien que son propre néant. Seul à être un individualiste digne de ce nom, l’homme fier ne cherche plus à échapper à son néant par le désir; c’est plutôt par une véritable ascèse mentale qu’il fait de son néant un objet d’adoration. Son but est toujours l’autonomie divine mais il a changé la direction de son effort. Fonder toute l’existence sur le néant que l’on trouve en soi-même, c’est transformer l’impotence en omnipotence, agrandir l’île de Robinson Crusoé aux dimensions de l’Infini.
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Marcel Proust Time Recaptured – la Berma

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Dans le premier chapitre de Mensonge romantique et vérité romanesque, René Girard commente l’expérience esthétique telle que Marcel Proust la présente dans La recherche du temps perdu, le narrateur ayant été voir la Berma au théâtre. Il montre comment dans notre vision du monde nous donnons la priorité à l’opinion des autres plutôt qu’à notre propre expérience. En conséquence, il définit la vrai nature du génie et du temps dans le travail du romancier et par là, montre ce qu’est un auteur secondaire.

Vingt-quatre heures après la représentation, Marcel Proust est persuadé que la Berma lui a procuré tout le plaisir qu’il attendait d’elle. Le conflit angoissant entre l’expérience personnelle et le témoignage d’autrui est résolu en faveur d’autrui. Mais, choisir l’Autre, en ces matières, n’est qu’une façon particulière de se choisir soi-même. C’est choisir à nouveau le vieux soi-même dont ni la compétence ni le gôut ne seront mis en cause grâce à M. de Norpois et au journaliste du Figaro. C’est croire en soi-même grâce à l’Autre. L’opération ne serait pas possible sans un oubli presque instantané de l’impression authentique. Cet oubli intéressé subsiste jusqu’au Temps retrouvé, véritable afflux de souvenir vivant, véritable résurrection de la vérité grâce à laquelle il deviendra possible d’écrire l’épisode de la Berma.

Avant cette redécouverte du Temps, l’épisode de la Berma se serait limité, si Proust l’avait rédigé, à l’opinion de M. de Norpois et à celle du Figaro. Marcel Proust nous aurait donné cette opinion comme authentiquement sienne et nous nous serions extasiés sur la précocité du jeune artiste et la finesse de son jugement. Jean Santeuil fourmille de scènes de ce genre. Le héros de ce premier roman nous apparaît toujours sous un jour romantique et avantageux. Jean Santeuil est un ouvrage sans génie. Jean Santeuil précède l’expérience du temps retrouvé et c’est du Temps retrouvé que jaillit le génie romanesque. Proust n’a pas cessé d’affirmer que la révolution esthétique du Temps retrouvé était d’abord une révolution spirituelle et morale; nous voyons bien, maintenant, que Proust avait raison. Retrouver le temps c’est retrouver l’impression authentique sous l’opinion d’autrui qui la recouvre; c’est donc découvrir cette opinion d’autrui en sa qualité d’opinion étrangère; c’est comprendre que le processus de la médiation nous apporte une impression très vive d’autonomie et de spontanéité au moment précis où nous cessons d’être autonome et spontané. Retrouver le temps c’est accueillir une vérité que la plupart des hommes passent leur existence à fuir, c’est reconnaître que l’on a toujours copié les Autres afin de paraître original à leur yeux comme à ses propres yeux. Retrouver le temps c’est abolir un peu de son orgueil.

Le génie romanesque commence à l’écroulement des mensonges égotistes. Bergotte, Norpois, l’article du Figaro, voilà ce que le romancier médiocre nous donnerait comme venant de lui, voilà ce que le romancier génial nous présente comme venant de l’Autre, et voilà ce qui fait l’intimité véritable de la conscience.

Voir Médiation intime dans Achever Clausewitz

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