René Girard

mimetic theory and scapegoating

Between pride and desire – Entre fierté et désir

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Mensonge romantique et Vérité Romanesque (chapitre XI): L’absence de désir devient un privilège. Comme l’était celui du Saint ou du Sage. Mais celui qui désire recule de terreur devant l’idée de renoncer à son désir. Il cherche des stratagèmes. Il veut se créer une personnalité qui à triomphé de l’anarchie des instincts et des passions métaphysiques. Le héros somnambule des écrivains américains pourrait être une solution à ce problème. Chez ces héros, l’absence de désir n’a rien à voir avec la victoire du mental sur les tentations diaboliques, ni avec l’auto-discipline exigée par les grandes religions ou la vertu humaniste. Cela fait plutôt penser à un engourdissement des sens.

LORENA_OROZCO

Between pride and desire - Entre la fierté et le désir

A une perte totale ou partielle de curiosité vitale. Dans le cas de Meursault (l’Étranger de Camus) cet état privilégié fait complètement partie de la pure essence individuelle. Dans le cas de Roquentin (La nausée de Sartre) c’est un état de grâce soudain qui, sans raison apparente, s’empare du héros par la nausée. Dans beaucoup d’autres œuvres, la structure métaphysique est moins apparente; elle doit être dégagée de la fiction qui l’exprime tout en la cachant. L’alcool, les drogues, l’extrême douleur physique, les abus érotiques peuvent endommager ou tuer le désir. A la fin le héros atteint un état de stupéfaction lucide qui est l’étape romantique finale. Bien entendu cette absence de désir n’a rien à voir avec l’abstinence ou la sobriété. Mais le héros déclare que dans cette indifférence il accomplit par caprice et presque sans s’en apercevoir ce que d’autres font poussés par le désir.

Edition de Minuit Bernard Palissy

L'histoire d'amour d'un héros somnambule - The love story of a somnambulic hero

Le héros somnambulique vit dans la mauvaise foi. Il essaie de résoudre le conflit entre la fierté et le désir sans le formuler clairement. Il faut peut-être une fierté plus radicale pour poser le problème franchement. A l’époque où il écrivait La soirée avec Monsieur Teste, Paul Valéry était un homme qui avait cette sorte de fierté. Le Valérisme fait contraster le vaniteux qui désire en imitant les Autres avec l’homme fier qui ne désire plus rien que son propre néant. Seul à être un individualiste digne de ce nom, l’homme fier ne cherche plus à échapper à son néant par le désir; c’est plutôt par une véritable ascèse mentale qu’il fait de son néant un objet d’adoration. Son but est toujours l’autonomie divine mais il a changé la direction de son effort. Fonder toute l’existence sur le néant que l’on trouve en soi-même, c’est transformer l’impotence en omnipotence, agrandir l’île de Robinson Crusoé aux dimensions de l’Infini.
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Dofollow Blog comments

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What is do follow

The term dofollow applies to a links followed or not by a search engine.

No follow?

Anyway some search engines like Yahoo follow all links and it’s not a criteria for ranking and popularity for your website. Unfortunately if you are a commercial, 90% of business pass through Google, so good luck!

Earlier this year, David Leonhardt speculated on how the search engines treat NoFollow links.  For those who might be a little green, NoFollow links are not totally ignored by the search engines.  For those who really, really green, NoFollow links are believed to be totally ignored by the search engines (because they have the rel=”nofollow” attribute in the link code).

In 2005, Google’s spam team created this HTML attribute do deter comment spammers. That’s when the NoFollow tag (rel=”nofollow”) was born and a new category of professionnal commentators was needed for a new generation of dofollow bloggers. Adding “no follow” to comments prevented search engine spiders from crawling the links so that there were no passive benefit from leaving comments.

Why comment a dofollow blog?

Blog’s tend to receive a much higher PR and faster than regular sites for many reasons: automated features (RSS and ping’s), trackback system that is a kind of automated link-exchange system, plugins that maintain the internal link structure automated, updated new and fresh content (search engines adore it), inter-activity between bloggers (post comments make the pages longer), and so on …

Preliminary observation of the blog

Make sure that the blogger is still alive and that the last post has not been published in Julius Ceasar’s days. Make sure that the blog has already published comments. A blog with no comment is likely to stay impassive after your visit.
Be more confident if you are in a wordpress blog.

Check previous comments

Blogs that pretend to be dofollow often not even allow signature link. The signature is the link you insert with the comment when you fill the name and website field above the comment field.

Blogs that pretend to be dofollow which are in nofollow.

Blogs that are dofollow but with a Lucia kind of pluggin.

The first thing you have to do is find do follow blog

To find a do follow blog  use search engines with the following keywords: “comment dofollow blog” “dofollow blog list”.

Professionnal Comment as different as spam

Commenting could indeed become a full time job taught in university. A post on the internet gave me the idea as long as many people get paid to write in the area of novel or journalism, why not commentator? They would compel bloggers to be more comment luvers and picky about what they are letting pass through the web, and it would be to search engine to find whether you are arriving on a blog full of bad comments…

Rules to quality comments

Your comment must have pertinence in the considered blog. Pertinence is talking about the post, add some idea, add a plus, not only say “good” or “yes i like it”. Your comment have to bring information and science. Just to get link juice back to your site your are a spammer if for you it doesn’t matter that your post is irrelevant, way too long, not readable, etc.

Pertinent or relevant comment don’t need to be flattering.

Pluggins

Comment Luv – Dofollow pluggins – Lucia – Keywords Luv -

How will you make your comment (and your link) more popular

When you got a good comment published never forget to ping it. Use for exemple a
Pingler Website.

Do follow blog list

http://www.grand-pressigny.com

http://awesomenorms.info

http://www.stephanmiller.com/

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Dofollow links – Liens Do-follow – Enlaces

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Français – Je vous invite à laisser un com sous cet article avec le lien vers votre propre site que je m’engage à relayer ci-dessous sur cette même page en “Dofollow links – Liens Do-follow – Enlaces” donc. Je vous invite également à faire de même sur votre site en proposant aux internautes la même idée. Dès que nous voyons dans notre admin qu’une personne fait un lien vers cette page, c’est à dire ce billet, nous faisons de même réciproquement, vous me suivez…? Je vous garanti aujourd’hui même que si vous jouez le jeu à l’identique sur votre propre site, de multiplier par xxxxx au minimum le nombre de vos visiteurs actuels par mois et donc les revenus adsense
Idée du Michtoblog
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Written by: Pierre Murcia

May 20th, 2010 at 4:52 pm

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République et sexualité

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Dans ce post, on parle de la sexualité. C’est la sexualité porteuse de violence. C’est la sexualité comme un cas particulier de la violence et du problème que cette violence pose à tout ordre social, famille, entreprise, société primitive et aujourd’hui en Occident. René Girard nous permet de comprendre que contrairement à l’idée généralement répandue, la religion ne s’oppose pas à la république. La république est seulement la solution politique d’un problème révélé par le religieux.

Créer l’humanité c’est républicain dans le sens où c’est rendre la sexualité indépendante de l’ordre social. En exagérant pour être plus clair, ça veut dire que ma femme peut aller voir qui elle veut et que les filles de joies seront bientôt remboursées par la sécurité sociale. Que mes enfants ont des mères différentes et que le problème est administratif avant d’être moral. Voilà comment se manifeste l’indépendance de l’Ordre et de la sexualité. L’ordre, dans la république, c’est de la gestion, du management. J’exagère, bien sûr, mais c’est pour être clair.

L’humanisme, l’humanité consiste à dire que l’homme existe et échappe au destin des espèces animales. Le destin de ces espèces est gouverné par la reproduction. C’est le sens que nous donnons au mot sexualité.

Les végétaux se déplacent dans l’espace en se reproduisant. L’animal se déplace dans le temps par le même moyen. L’humanité, avec la république, créé le citoyen, l’individu. La reproduction ne lui sert pas à se déplacer dans l’espace et le temps.

La mobilité sociale est un nouvel espace qui demande que les contraintes de la sexualité soient dépassées.

Les contraintes sexuelles fixent les règles de la mobilité dans l’espace, dans le temps et dans le social. On ne va pas n’importe où, c’est l’espace. On se reproduit pour se perpétuer, c’est l’espèce et le temps. On ne va pas avec n’importe qui, c’est le social. C’est trois types différents de mobilité.

La république dit que la famille, c’est à dire ce qui fixe le cadre de ces contraintes, doit être écarté du destin de l’individu. Il a le droit de divorcer. Il a le droit d’aller où il veut. Il a le droit de ne pas faire d’enfants. D’en avoir avec plusieurs autres parents. D’en éduquer qui ne soient pas les siens.

L’enfant doit être pris en charge même s’il n’a pas de famille. Il est pris en charge par l’état à la moindre défaillance des parents. Il doit pouvoir aller à l’école quelle que soit la richesse de sa famille. L’école doit tenir compte des différences entre le niveau scolaires des familles.

La sexualité, devient rapport sexuel qui peut être vécu pour le plaisir, indépendamment de toute préoccupation. La république dit qu’on peut voir qui on veut sans compte à rendre à l’espèce, à la famille, aux virus.

Seulement, ça pose un tas de problèmes liés aux religions: René Girard dira oui,  ça va créer des conflits, ça va créer des problèmes techniques, ça va créer des contagions et surtout, un risque d’arrêt de la reproduction des hommes. Bref, des paralysies sociales, à cause des conflits. Des paralysies spatiales, à cause des embouteillages. Des paralysies temporelles, à cause du vieillissement d’une espèce qui ne meurt plus sans ce reproduire.

On peut déduire de Girard la formule suivante: la religion n’est pas contre le républicain. Le laïc n’est pas le contraire du religieux. Le règne de la loi ne s’oppose pas au règne de Dieu. Dieu (celui des victimes) révèle et rend possible avènement du légal, du laïc, de la république. Il révèle en même temps le problème qui est lié à la prise en charge par l’homme de son autonomie par rapport à la sexualité.

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Written by: Pierre Murcia

May 14th, 2010 at 1:38 pm

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Paris Underground Notes: Preliminary legend

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Pedlar of Swaffham

Il y a très longtemps il y a avait un colporteur à Swaffham. Il fit un rêve qui disait: si tu vas à Londres, au London Bridge, et que tu te restes là, tu vas avoir de très bonnes informations. Au début il ne fit pas attention au rêve. Le rêve se répétait. Le rêve le troublait, il décida de se rendre à Londres. Il resta au même endroit deux ou trois jours, mais il n’entendit aucune bonne nouvelle. Un marchant qui l’avait remarqué, lui demanda ce qu’il faisait. Le colporteur raconta son rêve au marchant. Le marchant explosa de rire et dit: je vais rêver que je suis à Swaffham. Je vois un chêne, je creuse et je trouve un trésor. Je suis un fou si je pars pour un long voyage à cause d’un rêve idiot. Le colporteur retourna dans son pays, creusa sous le chêne et trouva un trésor.

Long ago there was a peddler in Swaffham. He had a dream that said: if you go to London, London Bridge, and you stand there, you’ll have very good news. At first he paid no attention to this dream. The dream was repeated. The dream troubled him, he decided to go to London. He remained in the same place two or three days, but he heard no good news. A merchant who had noticed him, asked what he was doing. The peddler told his dream the merchant. The merchant burst out laughing and said: I’ll dream that I am in Swaffham. I see an oak, I dig and I found a treasure. I’m crazy if I go on a long trip because of a foolish dream. The pedlar returned to his country, dug under the oak tree and found a treasure.

Written by: Pierre Murcia

April 27th, 2010 at 9:16 am

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L’histoire est un test. Le genre humain l’a manqué.

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René Girard explore la condition humaine de la création à l’apocalypse

Par CYNTHIA HAVEN (english text)

C’est l’un des plus remarquables, sinon le plus connu, des superstars sur le campus de Stanford: Le choc des cheveux blancs, on ne pourra pas confondre son regard profond et troublant sous de noirs sourcils. René Girard est l’un des 40 membres, ou immortels, de l’Académie Française, le plus grand honneur qu’on puisse faire en France à un intellectuel. Il a enseigné 30 ans dans cette université, mais ce professeur émérite admet que peu de gens comprennent vraiment ce qu’il fait.

Girard, 85 ans, a produit livres après livres. Son dernier, Achever Clausewitz, a provoqué les foudres du monde intellectuel à sa Parution en 2007 à Paris  — le genre de conflagration que seul un public intellectuel en France peut déclencher. Le Président Nicolas Sarkozy le citait, les reporters faisaient des pèlerinages devant la porte de son appartement à Paris, jour après jour. Le genre de remous qui ne risquait pas d’arriver à la sortie de la version anglaise, Battling to the End: Politics, War, and Apocalypse, publiée par la Michigan State University à l’automne 2008 — mais pas parce que Girard évite la controverse; il semble se révéler en elle. Même en Amérique il en a eu sa part.

Girard travaille dans le champs de la littérature, de l’anthropologie, de la théologie, de la philosophie, de la sociologie et de la psychologie. Sa source d’inspiration, c’est la théorie mimétique, qui met en évidence le rôle de l’imitation dans notre vie, dans ses effets, dans notre comportement et dans nos motivations. Les enfants apprennent à parler en imitant; nous apprenons les langues étrangères par imitation. Mais la mimesis n’est pas seulement la façon dont nous apprenons — c’est aussi notre acharnement à “tenir la dragée haute aux Duponds” (“keep up with the Joneses”), la façon dont nous rivalisons. Nous sommes en compétition; nous voulons ce que notre frère a. La théorie de Girard — long développement d’une pensée sur plusieurs décennies – suggère que la mimesis est la base de tous les conflits humains, et que la résolution des conflits par les phénomènes de bouc émissaire est la source des religions archaïques et des civilisations. Mais les vieilles recettes ne marchent plus, dit-il. Le monde va droit à l’impasse.

Si  l’idée de mimesis n’est pas étrangère aux sciences humaines d’aujourd’hui, personne n’a jamais songé à en faire un point de départ pour une théorie du comportement humain et du destin de l’humanité, comme le fit Girard aux début des années 1950. Son interdisciplinarité solitaire pose des problèmes au monde académique, dont les habitants se méfient du braconnage.

“Je suis un spécialiste de la théorie mimétique, mais c’est ma création, vous voyez?” dit Girard. “Dans l’univers académique, vous n’êtes pas censé avoir votre propre théorie. Personne n’est censé faire de la théorie en littérature ou en sociologie, comme je le fais. La théorie mimétique – il vous diront surement que c’est une belle astuce théorique.”

Ça n’a pas diminué les louanges, et le professeur Michel Serres, un autre immortel (parmi la poignée qui vit en dehors de France, deux sont à Stanford), a comparé Girard au “nouveau Darwin des sciences humaines.” Robert Harrison, chaire de français et d’italiens, l’a appelé “toute proportion gardée, un géant de la pensée du 20ème siècle” et “le Heinrich Schliemann de l’anthropologie contemporaine.” Sur l’ascension de Girard à l’Académie, le professeur de biologie Sharon Long, alors doyen des humanités et des sciences, a dit qu’il était “une légende vivante et l’un des grands philosophes de sa génération.”

Cependant sa théorie mimétique trouve des applications dans des situations aussi brulantes que les récents sursauts des marchés financiers et le crach boursier. Dans l’article de Newsweek d’octobre dernier, l’ancien professeur de droit Lawrence Lessig décrivait le “comportement grégaire” comme le chaînon manquant des modèles d’analyse financière.

“C’est toujours un comportement imitatif” Dit Girard. “Vous avez des signes qui rendent les gens pessimistes à propos des marchés qui ne rendraient pas nécessairement d’autres gens pessimistes.” Alors survient la formation d’une foule. “Chaque fois que vous ajourtez un, le mouvement vers l’unité s’accélère, il a plus de pouvoir d’attraction.” Si souvent les médias modernes deviennent les “véhicules” de la foule, le monde moderne est constament menacé par des manifestations de cette foule.”

Girard est né le jour de Noël en 1923, à Avignon. C’est une cité aux connotations romantiques, comme le suggère la chanson traditionnelle sur le plus vieux pont français. Girard fait une objection. “Quand on est d’Avignon, ce n’est pas si romantique”, dit-il. “C’est à moins de 75 kilomètres de la mer, mais ce n’est pas la Riviera. C’est une petite ville de province.” Son père était conservateur du Palais des Papes. La plus grande forteresse médiévale en France, résidence pontificale pendant le shisme de l’Eglise.

“Personne n’aime faire la même chose que son père”, dit Girard, et cependant il se diplôme à l’École des Chartes avec une dissertation sur le mariage et la vie privée au XVème siècle à Avignon.

Un visa étudiant lui donne accès aux Etats Unis, où il fait son doctorat à Indiana University. On lui refusa un poste à cause d’une raison vieille comme ce pays selon laquelle il n’avait rien publié, ce qui ne manque pas d’ironie pour ce penseur dont les livres sont aujourd’hui traduits dans 25 langues.

Il migre alors à Duke — “Ils ne se rendaient pas compte que je suis une “mauvaise machine” quand ils m’ont pris”, dit-il – alors à Bryn Mawr et Johns Hopkins. Durant ces années, 1955 à 1959, il écrivit son premier livre phare, Mensonge romantique et Vérité romanesque. (Quelques-uns de ses essais non recensés ont été publiés l’an dernier par la Stanford University Press comme Mimesis and Theory: Essays on Literature and Criticism, 1953-2005.)

Comme Girard réfléchissait sur les oeuvres de Balzac, Proust, Stendahl, Cervantes et Shakespeare, il commença à remarquer un thème commun: le désir selon l’autre. Par exemple, Don Quixote tombe tellement amoureux de ses livres de chevalerie qu’il imite les buts et l’idéal de ses héros. Comme souvent en littérature, l’amitié se transforme en rivalité. Deux hommes qui s’aiment beaucoup veulent ce que l’autre veut, y compris la même femme. Ils deviennent alors des ennemis mortels.

Girard était déjà un intellectuel qui résistait aux modes. Il a abordé le sujet aussi systématiquement que possible, avec la rigueur d’un scientifique faisant découler sa théorie des faits. Mais il travaillait dans le domaine littéraire, qui a horreur de la systématisation.

“Je pense que la survie des humanités elles-mêmes sont en jeu aujourd’hui à cause de leur persistence à ne pas vouloir s’occuper de science et de religion”, déclare-t-il dans une interview avec l’auteur Millicent Dillon en 1981. “C’est pourquoi je pense que les humanités sont en train de pourrir sur pied. Biensûr, si je disais des choses comme ça, cela terrifierait beaucoup de gens parce que cela remet en cause les catégories. Je pense que nous vivons dans un monde prudent, mais j’aime prendre des risques.”

Cela comprend risquer d’être critiqué. “les théorie sont périssables”, dit Girard. “Elles doivent être critiquées. Quand les gens me disent que mon travail est trop systématique, je dis que je le fais le plus systématique possible pour qu’ils puissent prouver que c’est faux”

Il défie aussi le taboo critique qui consiste à relier le travail des écrivains à leur vie: “Dans ce pays c’est une vérité qui ne peut pas être contestée que la vie d’un écrivain n’a rien à voir avec son oeuvre. “Mais c’est un pur non-sens” dit-il à Dillon, en ajoutant qu’au final les écrivains ne parlent que d’eux-mêmes.

Le jeune français commença par faire une grosse impression très tôt. “Du moment où il arrive à Johns Hopkins à la fin des années 50, René imposait le respect et même la crainte de ses étudiants diplomés et des nouveaux entrants”, écrit par mail l’historienne Marilyn Yalom, professeur au Clayman Institute for Gender Research. (Girard dirigeait ses dissertations sur Camus et Kafka) “Avec sa tête léonine, on se sentait en présence d’un homme qui ressemblait plus à un prophète qu’à un professeur. Ses cours nous inspiraient, et les rencontres en tête-à-tête nous encourageaient.”

Publié en 1961, Mensonge romantique et Vérité romanesque était important pour Girard, pas seulement à cause de la théorie mimétique, mais aussi pour le puissant effet de révélation qu’il provoca chez son auteur. Girard en parle avec James Williams dans une interview publié dans The Girard Reader. “J’ai commencé à travailler sur ce livre sur le ton de la démystification: cynique, destructeur, dans l’esprit athée des intellectuels de mon temps. Je cherchais à déménager, et bien sûr voyant clairement que la mimesis est un instrument très puissant pour tout bousculer car elle nous prive, nous les modernes, de la seule chose qui nous reste, le désir individuel.”

Il décrit ainsi l’accomplissement de son projet: “Le premier jet de l’auteur est une auto-justification.” Il peut soit se concentrer sur le héros méchant, le bouc émissaire du héros, qui sera démasqué à la fin du roman; ou il y aura un bon héros, l’alter-égo de l’auteur, qui sera vengé à la fin du roman. Si l’écrivain est un bon, il verra que tout ça mérite la poubelle avant même d’avoir fini son brouillon, il verra que son travail n’est que de la combine. L’expérience, dit Girard, vont faire exploser la vanité et la fierté de l’écrivain. “Et cet effondrement existentiel est l’événement qui rend possible les grandes oeuvres d’art.” Le travail n’est plus désormais une auto-justification, et les personnages sont plus que des bons ou des méchants.

“La secousse que produit ce premier livre est probablement la raison pour laquelle mon concept de mimesis passe pour destructeur”, ajoute René Girard. “Et pourtant j’aime penser que si vous poussez la notion aussi loin que possible, vous passez à travers le plafond, pour ainsi dire, et vous découvrez ce que signifie le péché originel.” L’expérience, “si elle est suffisamment radicale, est très semblable à l’expérience de conversion.”

En effet, cet éveil orienta Girard vers une lecture orthodoxe de la Bible comme révélation – la révélation de la nature mimétique du désir mimétique et ce à quoi il pourrait conduire, qui devint le sujet de ses livres suivants. Ce fut sa “conversion intellectuelle”, qu’il décrit comme “comfortable” sans exigence ni engagement. Mais la rencontre du cancer en 1959 changea tout. “Alors cette conversion se changea en quelque chose de sérieux par laquelle l’esthétique donnait sur le religieux.” Il fit baptiser ses enfants, lui et sa femme, Martha, et se firent marier par un prêtre.

De plus, Girard commença à voir la rivalité mimétique comme cause de la violence. Deux hommes, deux cités, deux groupes sont inévitablement précipités vers le conflit pour obtenir un objet de désir commun. La seule voie vers la résolution du conflit est de blamer un marginal – un étranger, un paralytique, un roi, une femme. La foule s’unit contre le bouc émissaire; La victime est sacrifiée; l’harmonie est restaurée. Pour couvrir le fait terrible, une mythologie déculpabilisante se développe. Dans les sociétés archaïques, le bouc émissaire peut même être divinisé. De là, Oedipus est accusé de porter la peste à Thèbes, il est persécuté et enfin, glorifié à Colonne.

Girard a fait la traversée de la littérature à l’anthropologie, en considérant non seulement le point de vue de la critique littéraire, mais en s’appuyant aussi sur les travaux de Freud et de la plupart des anthropologistes. Il posait un défi au cloisonnement de ces disciplines. “Les gens pensent que ma théorie est exotique, moi je pense qu’elle existe à part entière. Elle correspond à la réalité, si vous regardez bien. Si vous lisez les textes littéraires et les textes anthropologiques, le schéma freudien de Totem et tabou réapparaît dans un contexte éminemment mimétique” dit-il en 1981.

“Pourquoi serions-nous prudent avec les idées, quand c’est sans risque? Je pense qu’on devrait pousser une idée le plus loin possible jusqu’à s’en débarrasser. Quand j’ai vu la possibilité de relier le désir mimétique et l’anthropologie, je me suis dit: pourquoi pas?”

Il commença à voir la Bible comme un “anti-mythe” — une description de l’humanité et du long processus par lequel le genre humains s’est délivré de la barbarie. Violence, coup-pour-coup, et dieu vengeur évoluent au travers des siècles en des propositions de pardon, de repentance et de révélation de l’innocence des victimes sacrifiés, avec la Crucifixion pour point culminant.

“Les gens sont contre mes théories, parce qu’elles sont avant-gardiste et chrétiennes à la fois”, dit-il. “L’avant-garde est anti-chrétienne et beaucoup de chrétiens sont contre l’avant-garde. Même les chrétiens se sont méfié de moi.”

Pendant une réunion l’année dernière, Girard a rappelé l’histoire de Joseph, fils de Jacob, dans l’Ancien Testament, voué à être vendu aux egyptiens par ses frères (mobilisés comme une foule).  Au début, “ils se sont mobilisés et on tenté de le tuer. La Bible sait que le mécanisme du bouc émissaire est une affaire de foule”. Joseph finit par s’établir lui-même comme un des leaders de l’Egypte et pardonne à ses frères en pleurant dans un mouvement dramatique de réconciliation. C’est, dit Girard, une histoire “bien plus mure, spirituellement, que le début de la Génèse”. De plus, l’histoire est sans précédent dans la littérature ancienne.”

“Comme beaucoup d’histoires bibliques, c’est une histoire contre le mythe”, dit-il, “parce que dans le mythe, les lyncheurs sont toujours satisfaits de leur lynchage.”

Girard  suggère que le groupe pourrait ne pas avoir remarquer cela avant. Après tout, ils ont été entraînés à penser que la Bible était un livre rétro, précédé et suivi de textes supérieurs, et qu’elle avait peu de nouveauté à offrir au monde. L’audience était confondue: “mais . . . mais . . . mais.” Girard s’enfonça lègèrement sur son siège et se mis à observer en souriant.

Le prophète provocateur à assumé des thèses plus sombres récemment. Achever Clausewitz prend pour point de départ l’historien militaire et théoricien prussien Carl von Clausewitz (1780-1831), mais lance un débat sur le monde actuel et l’auto-destruction programmée de l’humanité.

Au cour d’une lecture ensorcelante, l’an dernier, Girard fit remarquer que nous avons atteint un point de l’histoire où nous ne pouvons plus nous en prendre à des boucs émissaires. Le mécanisme du bouc émissaire est trop bien connu, le meurtre rituel ne peut plus sauver la société. La guerre ne marche plus pour régler les conflits – en effet, la guerre n’a plus de commencement clair, de fin définie et de but à atteindre. De plus, avec le surarmement, la guerre pourrait tous nous détruire.

Les armes de guerre sont de moins en moins différentes des forces de la nature, faisant écho aux textes apacalyptiques du nouveau testament. “Avant l’invention des armes apocalyptiques on ne pouvait pas voir à quel point ces textes sont réalistes” dit Girard. “Mais aujourd’hui nous sommes dans une situation où nous pouvons bien le voir, et cela devrait nous impressionner profondément.”

L’homme crée “de plus en plus de violence dans un monde qui n’a pratiquement plus de Dieu, si nous regardons la manière dont les nations se comportent entre elles et la façon dont les gens agissent les uns envers les autres”, dit-il. “L’histoire, diriez-vous, est un test pour le genre humain. Mais nous savons très bien que le genre humain est en train de le rater. Dans un sens, les Evangiles et les écritures prédisent cet échec en ce terminant par des images eschatologiques, qui parlent de la fin du monde, ni plus ni moins.”

Sa conclusion: “Nous devons faire face à nos voisins et leur déclarer une paix inconditionnelle. Même si nous sommes provoqués, défiés, nous devons abandonner la violence une fois pour toutes.”

Peu importe si René Girard est ou non le prophète éclairant le destin du monde, son approche multidisciplinaire est visionnaire. Aujourd’hui, une fondation internationale et interdisciplinaire appelée Imitatio promeut les études sur ses théories. Elle est dirigée par Hamerton-Kelly, Ancien doyen du Memorial Church et chercheur au Stanford’s Center for International Security and Arms Control. Le colloque sur la Violence et la Religion, une association internationale d’universitaire, étudie aussi les théories mimétique et publie un journal annuel, Contagion: Journal of Violence, Mimesis, and Culture.

Dans sa vie, Girard est devenu une institution, comme Hamerton-Kelly l’a reconnu lors d’une conférence de Stanford l’année dernière en lançant le programme de recherche Imitatio. Après les hommages usuels, il s’est retourné vers son invité pour s’excuser. “Pardonnez-moi de parler de vous comme si vous étiez une institution alors que vous êtes encore en vie”.

“Pas pour longtemps”, fut la gentille réponse de Girard, et pour le moment, il semblait près à répondre à la prochaine controverse dans une époque pour le moins angoissante.

De René Girard, sur Achever Clausewitz.

Si nous avions dit dans les années 1980 que l’islamisme jouerait un tel role aujourd’hui, les gens auraient pensé que nous sommes fous. Cependant l’idéologie promue par Staline contenait déjà des éléments para-religieux qui préfiguraient la contagion gallopante que nous connaissons. L’Europe était moins malléables au temps de Napoleon. Après le communisme, sa vulnerabilité a régressée vers celle d’un village médiéval menacé par les Vikings. La conquête Arabe fut un choc, tandis que la Revolution était ralentie par les nationalismes qu’elle provoqua dans toute l’Europe. Dans son premier déploiement historique l’Islam a conquis par la religion. C’était sa force et cela explique la solidité de ses racines. L’élan révolutionnaire accéléré par l’ère de Napoléon fut contré par l’équilibre des nations. Cependant, les nations se sont enflammées à leur tour, et ont détruit l’unique moyen d’empêcher l’avènement des révolutions.

Nous devons donc changer radicalement notre façon de voir les choses, et essayer de comprendre la situation sans présuppositions en utilisant les ressources disponibles à propos de l’Islam. Le travail à faire est immense. Personnellement j’ai le sentiment que cette religion a utilisé la Bible comme un support pour reconstruire une religion archaïque qui serait plus puissante que les autres. Cela menace de devenir un outil apocalyptique, la nouvelle face d’une tendance vers les extrêmes. Même s’il n’y a plus de religions archaïques, tout ce passe comme si une nouvelle avait surgie sur le dos de la Bible, une Bible légérement modifiée. Ce serait une religion archaïque renforcée par les révélations de la Bible et du Christinisme. La religion archaïque s’est effondrée en face de la révélation judéo-chrétienne, mais l’Islam resiste. Alors que la chrétienneté à éliminé le sacrifice partout où il s’est implanté, l’Islam semble sous bien des rapports se situer avant cette élimination.

Biensûr, il y a dans cette attitude du ressentiment envers le judéo-christianisme et l’occident, mais aussi une nouvelle religion. C’est indéniable. Les historiens des religions, et même les anthropologistes, doivent encore montrer comment cela a émergé. En effet, certains aspects de cette religion ont un rapport avec la violence que nous ne comprenons pas et c’est une raison suffisante pour s’inquiéter. Pour nous, ça n’a aucun sens d’être prêt à payer de sa vie pour le plaisir de voir les autres mourir. Nous ne savons pas si pareil phénomème appartient à la psychology ou pas. Nous sommes face à un échec total; nous ne pouvons pas en parler et nous ne pouvons pas documenter une telle situation parce que le terrorisme est quelque chose de nouveau empruntant les codes islamiques, mais n’appartient pas du tout au classicisme musulman. Aujourd’hui, le terrorisme est nouveau, même du point de vue de l’islam. C’est un effort moderne de contrer le plus puissant et le plus raffiné des outils du monde occidental: la technologie. Contrer la technologie d’une façon que nous ne comprenons pas et que le classicisme musulman ne comprend pas davantage.

Ainsi, il n’est pas suffisant de simplement condamner les attaques. La pensée défensive que nous opposons au phénomène n’incarne pas forcément un désir de comprendre. Elle révèle souvent un désir de ne pas comprendre, ou l’intention de se conforter soi-même. Clausewitz est plus facile à intégrer dans le développement historique. Il nous donne des outils intellectuels pour comprendre l’escalade de la violence. Cependant, où trouvons nous de telles idées dans l’islam? Le ressentiment moderne ne conduit pas toujours au suicide. Ainsi, nous manquons des moyens de comparer qui pourraient nous permettre de comprendre. Je ne suis pas en train de dire que ce n’est pas possible, que cela n’arrivera pas, mais je reconnais que je suis incapable de les saisir. C’est pourquoi nos explications sur l’islam appartiennent souvent à ce type frauduleux de propagande anti-musulmane.

Marcel Proust Time Recaptured – la Berma

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Dans le premier chapitre de Mensonge romantique et vérité romanesque, René Girard commente l’expérience esthétique telle que Marcel Proust la présente dans La recherche du temps perdu, le narrateur ayant été voir la Berma au théâtre. Il montre comment dans notre vision du monde nous donnons la priorité à l’opinion des autres plutôt qu’à notre propre expérience. En conséquence, il définit la vrai nature du génie et du temps dans le travail du romancier et par là, montre ce qu’est un auteur secondaire.

Vingt-quatre heures après la représentation, Marcel Proust est persuadé que la Berma lui a procuré tout le plaisir qu’il attendait d’elle. Le conflit angoissant entre l’expérience personnelle et le témoignage d’autrui est résolu en faveur d’autrui. Mais, choisir l’Autre, en ces matières, n’est qu’une façon particulière de se choisir soi-même. C’est choisir à nouveau le vieux soi-même dont ni la compétence ni le gôut ne seront mis en cause grâce à M. de Norpois et au journaliste du Figaro. C’est croire en soi-même grâce à l’Autre. L’opération ne serait pas possible sans un oubli presque instantané de l’impression authentique. Cet oubli intéressé subsiste jusqu’au Temps retrouvé, véritable afflux de souvenir vivant, véritable résurrection de la vérité grâce à laquelle il deviendra possible d’écrire l’épisode de la Berma.

Avant cette redécouverte du Temps, l’épisode de la Berma se serait limité, si Proust l’avait rédigé, à l’opinion de M. de Norpois et à celle du Figaro. Marcel Proust nous aurait donné cette opinion comme authentiquement sienne et nous nous serions extasiés sur la précocité du jeune artiste et la finesse de son jugement. Jean Santeuil fourmille de scènes de ce genre. Le héros de ce premier roman nous apparaît toujours sous un jour romantique et avantageux. Jean Santeuil est un ouvrage sans génie. Jean Santeuil précède l’expérience du temps retrouvé et c’est du Temps retrouvé que jaillit le génie romanesque. Proust n’a pas cessé d’affirmer que la révolution esthétique du Temps retrouvé était d’abord une révolution spirituelle et morale; nous voyons bien, maintenant, que Proust avait raison. Retrouver le temps c’est retrouver l’impression authentique sous l’opinion d’autrui qui la recouvre; c’est donc découvrir cette opinion d’autrui en sa qualité d’opinion étrangère; c’est comprendre que le processus de la médiation nous apporte une impression très vive d’autonomie et de spontanéité au moment précis où nous cessons d’être autonome et spontané. Retrouver le temps c’est accueillir une vérité que la plupart des hommes passent leur existence à fuir, c’est reconnaître que l’on a toujours copié les Autres afin de paraître original à leur yeux comme à ses propres yeux. Retrouver le temps c’est abolir un peu de son orgueil.

Le génie romanesque commence à l’écroulement des mensonges égotistes. Bergotte, Norpois, l’article du Figaro, voilà ce que le romancier médiocre nous donnerait comme venant de lui, voilà ce que le romancier génial nous présente comme venant de l’Autre, et voilà ce qui fait l’intimité véritable de la conscience.

Voir Médiation intime dans Achever Clausewitz

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René Girard: “War is everywhere”

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Anthropologist of violence and religion René Girard, of the French Academy, found in Clausewitz, a benchmark for military strategy, striking similarities with his theses. In his book “Achever Clausewitz” (Carnets nord), he delivers a gloomy analysis: “There is no more intelligent policy, We’re near the end.”

The Point: You’ve found in the works of Clausewitz surprising resonances with yours. Just as his thought is inextricably linked, if not to direct experience, at least in the concrete observation of the Napoleonic wars, were you influenced by the Second World War, which occurred while you were young?

René Girard: It is undeniable. My awareness of events, history, politics, is grew with the totalitarian threat. Born in late 1923, so I had 10 years on arrival in power of Hitler. A child could very well understand that the rise of Hitlerism meant that France was threatened with invasion. My father was very insightful, and was a great reader of the press; a French Radical-Socialist, not an activist [like Paul Doumer T.N.], but an intellectual who was interested in events, exactly what I am now myself. He immediately saw that we witnessed a return of Germany and also that it was impossible to do it again, we would not remake Verdun. Later, he realized, even before the fall of 1941 that it started to go badly for the Germans and that Moscow and Leningrad would perhaps hold out.

Would you say that, although contemporary events, you were aware of the history that you lived?

Obviously! I remember well the militarization of the Rhineland in 1935. If the French had entered Germany, they could have changed the course of events: the Germans were unable to oppose any resistance. But Albert Sarraut [Chairman] and the French government would have been taken for bastards wanting to keep the world from returning back to normal. They were not strong enough mentally to keep going. Subsequently, there has been much criticizing for Sarraut passivity. But it was an impossible situation. Anyway, I kept from this episode the certainty that we were “trapped like rats”, to quote the motto of Celine in “Journey to the End of the Night.”

Have you been, then, directly affected by the Occupation?

As long as I stayed in Avignon, she remained quite bearable. I went in khagne [preparation to university] in Lyon, where my brother was studying medicine. Belonging to a fallen middle class family, I suffered from my social inferiority as compared to my classmates from good families in Lyon. After one week, I’ve had enough and I’m back. I must say that I had already passed my exams by taking courses by correspondence because, as I was rowdy as hell, I had been expelled from the high school. So I prepared at home the Ecole des Chartes [19, rue de la Sorbonne – Quartier Latin T.N.], like my father. I was received in 1942 and I found myself in Paris at a hotel warmed a quarter of an hour a day. Fortunately, after a year, friends brought me to 104 Rue de Vaugirard, this institution run by the Marist Brothers*, where has lived François Mitterrand. Thanks to my clandestine radio station, I was the first to announce the landing of August 6, 1944.

In any case, the issue of violence is central to your work and your theory of mimetic desire. But until then, you’re interested more in myths and literature that in strategy. What brought you to Clausewitz?

Anecdotally, I discovered it in English in an annotated edition by a pilot of the U.S. Air Force. And correspondence with my work caught my eye. Here is a thinker of the nineteenth century that did not have the reputation of being a literary, even if I found it quite a writer. Clausewitz, that’s serious! It smells of sulfur, besides the Germans do not want to hear about it. I would say he has a kind of black prestige. But my theory of mimetic desire has been much criticized to be based solely on literature, which was a way to discredit it.

Whatever the times, literature has something to do with the truth. This is the meaning of the expression of Aragon, the “true lying”. And it is also the thesis of your “Deceit, Desire and the Novel”: Self and Other in Literary Structure”, which in the 60s provoked controversy …

For me, literature is much stronger than the 60’s human sciences, which have totally disappeared. And, basically, the work of Clausewitz is a military romantic lie. In his first chapter, he suggests, without saying so explicitly, that the war has not ceased since the beginning of History, so that human history is that of an inevitable “rise to the extreme”, the reciprocity engendering always more revenge. But he hastens to hide the terrifying aspect of his theory to say that absolute war never happens. In fact, Clausewitz secretly fears a return to the “guerre en dentelle” after Napoleon is dead. He dedicated to Napoleon a fierce hatred and prodigious love: there are hardly better example of mimicry.

He foresaw what we call total war, which is more than a conflict between armies but between whole societies …

Yes, absolute war involves the infinite mobilization infinite Peter Sloterdijk very well analyzed. In his reading of Clausewitz, Raymond Aron tried to rescue political science. Everyone knows the phrase “war is the continuation of politics by other means.” Indeed, for him, war and politics are equivalent. This means that the politics does not exist.

For you, the “mimetic rivalry” is the engine of history. What makes you think he gets carried away now?

The world wars were a milestone in the rise to extremes. On September 11, 2001 was the beginning of a new phase. Terrorism today have still to be to thought of. We still does not understand what is a terrorist willing to die to kill Americans, Israelis or Iraqis. The novelty in relation to Western heroism is that it is imposing suffering and death, if required by the suffering itself. The Americans made the mistake of “declaring war” on Al-Qaeda when we do not even know if al-Qaeda exists. The era of wars is over: now, war is everywhere. We have entered an era of transition to universal passage à l’acte. There is no more intelligent policy. We’re near the end.

The Apocalypse is for tomorrow?

Of course not, but in today’s world, many things match with the climate apocalyptic great texts of the New Testament, especially Matthew and Mark. There is reference to the main phenomenon of mimicry, which is the struggle between doubles: city against city, province against province… It is always doubles that are fighting and their fight makes no sense since because it is the same thing on the two sides. In these circumstances I see no more important task than to constantly remind the realism of the Revelation and Apocalyptic texts. But even the Church does not refer to it again. When I was a kid, the sundays after Pentecost Sunday were apocalyptic, and we talked about that in the sermons. We has ceased to preach about it in 1946 after the bomb, it became too hot.

But then, has mankind any option or is it already too late?

We are threatened with death. The Judeo-Christian message is that if we do not reconcile, there is no more sacrificial victims to save our skin. The offer of the kingdom of God is: reconciliation or nothing. Unfortunately, we are doing the second choice by idleness and ignorance. The only solution is to reject all violence, all retaliation. I am not at all sure of being able of doing that, but the Gospels tell us that this is the only way. The tragedy is that one always chooses the short term. We’re all in the position of Louis XV: “Apres moi, le deluge.”

By Élisabeth Lévy

*A Catholic religious order of Brothers whose primary work is the Christian Education of the young, especially the most neglected

Written by: Pierre Murcia

March 8th, 2010 at 11:26 am

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A. Smith, S. Freud, K. Gödel

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Jean-Pierre  Dupuy: Avions-nous oublié le mal?

IVe partie: La mécanisation de l’esprit):

Ce qu’on appelle les sciences cognitives représente aujourd’hui l’étape avancée d’une grande métamorphose. Le projet cybernétique a cru résoudre le vieux problème philosophique de l’âme et du corps, de l’esprit et du cerveau, en démontrant qu’ils étaient identiques l’un à l’autre, car identiques l’un et l’autre à un même type de machine. Dès le départ, les sciences cognitives se fondent sur une position ontologique que l’on peut décrire comme un monisme matérialiste et mécaniste. Ce n’est cependant pas en mécanisant l’humain que les sciences cognitives innovent. Ce qui fait leur spécificité, c’est le type de machine qu’elles mobilisent. Ce n’est plus:

- l’horlogerie de la mécanique rationnelle à laquelle a recours Adam Smith,

- ni les machines hydrauliques et thermodynamiques d’un Freud.

- Le concept de machine qui est à la base des sciences cognitives est celui qui naît dans les années trente avec les travaux de Gödel, de Church et de Turing. C’est l’algorithme, ou “machine récursive”, c’est-à-dire une procédure logique qui enchaîne des opérations selon des règles fixes. Mécanisme de calcul, donc, ce qui fait parfois dire que les sciences cognitives réalisent le programme que le fondateur de la philosophie moderne, Thomas Hobbes, formula au milieu du XVIIe siècle avec son fameux:”penser, c’est calculer“. Cette référence témoigne, là encore, que la nouvelle science de l’esprit, qui entend étendre la démarche physico-mathématique au domaine qui était jusqu’ici l’apanage de la philosophie et de la psychologie, plonge ces racines dans l’histoire longue de l’aventure occidentale de la connaissance.

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Written by: Pierre Murcia

March 7th, 2010 at 11:10 am

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